Les bienfaits de l’Alzheimer
Par François Duchesne
Parfois, certains détails gagnent à être oubliés. Comme certains numéros de téléphones ou quelques événements d’une soirée bien arrosée. C’est un peu l’effet que me laisse le film Mémoires affectives, le second long-métrage de Francis Leclerc.
Dans le coma depuis longtemps, Alexandre Tourneur (Roy Dupuis) se fait débrancher par une personne mystérieuse, ce qui, contre toutes attentes, fait en sorte qu’il se réveille. C’est alors qu’on se rend compte qu’Alexandre, à 41 ans, est amnésique. S’entame donc une quête personnelle où le protagoniste doit rassembler les pièces du casse-tête mnémonique de sa vie avant le coma, à travers une enquête policière dans laquelle il est le seul témoin du crime dont il est la victime. Un casse-tête bien ficelé et aidé par quelques effets Mac Guffin efficaces qui peuvent cependant mener à une décevante confusion.
Néanmoins, Francis Leclerc sait se démarquer par une esthétique créative qui exprime bien l’univers froid et hostile dans lequel le personnage principal évolue. Plus souvent qu’autrement, un filtre bleuté enlève toute chaleur aux événements. Après tout, je ne suis pas certain de me sentir chaleureux dans un monde où je ne connais personne. Toutefois, Leclerc a bien pensé de laisser transparaître quelques couleurs chaudes sur certains personnages (ou près d’eux), relatant souvent l’intimité qu’ils conservent avec Alexandre. D’ailleurs, certaines scènes criantes de belles émotions perdent le filtre pour laisser circuler le sang sous la peau d’une jeune femme qui aime se rappeler de bons souvenirs pour son père, ou lorsqu’une amitié nouvelle se crée avec de nouvelles gens dans la vie d’Alex.
Il va de soi que de telles scènes ne sauraient être réellement efficace sans l’apport généreux de la sensibilité des acteurs. On y retrouve en effet une Karine Lagueux touchante et vraisemblablement charismatique, en plus d’un Roy Dupuis plus que crédible dans la peau d’un amnésique froid et vulnérable. Pour une fois, son fameux problème de locution est légitime dans la peau d’un homme qui a perdu la mémoire! À la fois subtil et révélateur, Dupuis incarne intelligemment un homme perdu et toujours entre la folie et la raison. Je n’ai qu’à me rappeler la scène où il essaie de mettre du sens dans les fragments de vie qui lui sont revenus et qu’il en perd totalement la tête.
En effet, lorsque les souvenirs surgissent peu à peu comme au compte-gouttes, une confusion peut parfois s’installer. Et c’est ce que Leclerc réussit à recréer en plongeant le personnage dans une folie des plus perturbantes. Les voix-offs qui font offices de souvenirs et le choix des effets sonores rendent bien l’effet d’ambiguïté rechercher par le cinéaste. Ainsi, il réussit à entrainer le spectateur dans un ramassis de questions sans qu’il ne perde son intérêt… Jusqu’à un certain point.
Sans en dire trop, disons que le climax médian laisse perplexe dans la mesure où le film change de genre. On passe d’un drame psychologique à un film fantastique. Cela vient mettre plus de sens à la trame narrative, mais ça fait perdre malheureusement un peu l’identification du spectateur au personnage.
Alors, ce n’est que dans cette mesure que le film de Francis Leclerc perd des points. Cependant, la réalisation esthétique et les dialogues percutants font en sorte que j’oublie les détails moins forts pour faire place à l’éloge qu’il mérite.
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